Lors de ses vœux télévisés du 31 décembre dernier, le président de la République François Hollande a annoncé le lancement d’un plan massif de formation dans le cadre de la lutte contre le chômage. Son objectif : accompagner « 500 000 personnes de plus vers les métiers de demain ». Avec un nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A (c’est-à-dire sans aucune activité à la hausse) qui a augmenté de 1,3 % entre février et mars de cette année, c’est 3 508 100 personnes concernées en France métropolitaine. Argot s’est rendu à Pôle Emploi afin de savoir ce que les principaux intéressés en pensaient.

Delphine, grande brune coiffée d’un chignon bien lissé et habillée d’un joli tailleur noir bien repassé, ressemble à une jeune diplômée qui s’apprêterait à passer son premier entretien d’embauche.  «  J’ai rendez-vous avec mon conseiller Pôle Emploi, il me reçoit exceptionnellement car je dois lui remettre le RIB de mon auto-école. Il doit l’envoyer rapidement pour que le premier virement de quatre cent euros soit fait ». Face à mon étonnement, la jeune femme m’avoue qu’elle a «  de la chance », avant d’ajouter : « c’est la deuxième formation que Pôle Emploi me finance, la première c’était en 2011, une formation en ressources humaines et droit du travail. Et aujourd’hui, c’est mon permis de conduire que l’on finance à hauteur de 1200 euros » se réjouit-elle. Si elle veut son permis c’est avant tout pour élargir son périmètre de recherche d’emploi et quitter la région parisienne. «  Après ma formation en 2011, j’ai enchaîné les CDD et les boulots sous qualifiés. Depuis le mois de janvier de cette année je suis au chômage. C’est la raison pour laquelle je cherche du travail en Province car je ne trouve rien à Paris de stable. J’ai déjà passé un entretien à Beauvais et un autre à Amiens comme assistante en ressources humaines et communication, et grâce à cela, j’ai pu convaincre mon conseiller d’entreprendre les démarches pour me financer ma formation au permis de conduire. Je suis confiante. » ajoute-elle. Delphine en est certaine, sans sa formation en ressources humaines, elle aurait eu encore plus de difficultés à trouver du travail :  «  C’est dur de trouver un CDI bien payé, mais partout où j’ai travaillé, les gens étaient sur diplômés avec des contrats précaires, occupants des postes sous-qualifiés. C’est frustrant. Mais avec le chômage, même pour un poste qui demande peu de compétences, les recruteurs demandent un Bac+5. Une fois, on m’a même demandé si je parlais une langue européenne autre que l’anglais ou le français. Et quand j’ai eu le CDD, en six mois je n’ai parlé qu’une seule fois anglais, et c’était pour transférer un appel ! »

La formation n’a pas d’âge

Pour Jocelyne, rencontrée elle aussi devant l’agence Pôle Emploi du 17ème arrondissement de Paris, l’optimisme n’est pas au rendez-vous. Cette quinquagénaire, divorcée et mère de 3 enfants, dont les plus jeunes âgés de 12 et 15 ans sont encore à sa charge, ne cache pas son ras-le-bol et son aigreur. « Après cinq années passées au sein d’une collectivité territoriale en CDD, mon contrat n’a pas été renouvelé car j’avais déjà signé trop de CDD. Pourtant, ma responsable et mes collègues étaient contents de mon travail, j’aimais ce que je faisais, j’étais en contact avec les personnes âgées et handicapées, je les aidais à faire leurs démarches administratives et à obtenir des aides si besoin. Aujourd’hui c’est fini.  » dit-elle la gorge serrée. Elle ne souhaite pas dire où exactement elle a travaillé, tout comme Delphine, de peur peut-être d’être « grillées ». Elle tente maladroitement de se recoiffer  et de refaire sa queue de cheval : « J’ai passé deux fois les concours de la fonction public pour être titularisée, en vain ».

La mère de famille, après ses huit mois de chômage compte sur son CPA (permet à toute personne de réunir et d’accéder à l’ensemble de ses droits acquis tout au long de sa carrière) qui depuis le 1er janvier 2017 est ouvert aux fonctionnaires et aux contractuels de la fonction publique pour se faire financer une formation. Elle espère ainsi travailler dans le secteur de la petite-enfance ou de l’aide à la personne.

A l’intérieur de l’agence, Karim, 24 ans, scrute les affiches collées sur un panneau posé près des photocopieurs. Entre les offres de CDD en alternance pour être vendeur à Franprix et celles pour faire de l’animation dans les écoles de la ville de Paris, le jeune homme ne trouve pas son compte. « Franchement c’est abusé, une fois mon conseiller m’a demandé pourquoi je ne voulais pas devenir agent de sécurité ou chauffeur poids-lourd sous prétexte que ça recrute. Comme si c’était ma vocation. » Inscrit depuis plus de 6 mois comme demandeur d’emploi, il aspire à faire autre chose de sa vie avec son BTS en communication des entreprises et a demandé qu’on lui finance une formation en communication audiovisuelle. «  Quand j’ai dit au conseiller que je voulais faire une formation en audiovisuel, il m’a presque ri au nez. Pour lui, ce n’était pas sûr de trouver un travail après la formation donc il n’a même pas fait le dossier. Je ne comprends pas leurs critères. »

Priorité aux « métiers en tension »

Pour Yanis*, conseiller Pôle Emploi, si les demandeurs d’emploi sont désabusés et déçus, c’est avant tout parce qu’ils ne comprennent pas la mission de l’organisme : « J’entends souvent dire qu’à Pôle Emploi, on ne fait rien. Il faut comprendre que nous ne sommes pas là pour trouver du boulot aux gens, mais pour les orienter dans leurs démarches et les informer. Quant à la formation, il y a un an, on (le chômeur) pouvait faire un bilan avec un conseiller puis postuler à la formation de son choix. Si celle-ci était éligible au CPF (remplace le DIF, Droit Individuel à la Formation) le demandeur pouvait obtenir un financement pour sa formation. Le problème, c’est que beaucoup de formations ont été financées sans retour à l’emploi. Aujourd’hui, pour qu’une formation soit financée, il faut qu’elle permette un retour à l’emploi. Chaque année, l’Etat nous envoie une liste des métiers en tension (ou métiers porteurs qui appartiennent à des domaines d’activités qui recrutent fortement) pour nous aider à choisir les formations que l’on peut financer ou pas. Il faut savoir qu’à Paris, le financement maximum de Pôle Emploi pour une formation est de 1500 euros. D’une région à l’autre ce budget est différent. Notre rôle c’est aussi d’aider les gens à trouver d’autres sources de financement. » Sur le site de Pôle Emploi, la page d’accueil signale que le secteur du nucléaire ainsi que l’armée de l’air recrutent. A bon entendeur ?

Par Sabrina Mondélice

Photos : João Bolan